▲ Les Jolies Plumes : Première fois.

Photographie de : Pierre Wetzel
Photographie de : Pierre Wetzel

Un peu de fond de teint pour illuminer mon visage terne et cacher les cernes qui me creusent au fil des jours. Délicatement, je dépose la poudre dorée sur mes paupières. J’ai choisi une palette plutôt discrète car je sais qu’il n’aimait pas trop lorsque je me maquillais. Je rajoute par la suite un léger rouge à lèvres rose pour ne pas en faire trop. Il faut que je fasse bonne impression.

Je me concentre à démêler ce qu’on appelle communément des cheveux, afin de ne pas penser à cette rencontre qui m’attends. Je ne l’ai pas revu depuis… depuis combien de temps déjà ? Le temps est passé tellement vite, laissant à ce jour un sentiment de culpabilité, d’excitation, d’amour et de peur également. Tous ces sentiments contradictoires s’amplifient à mesure que les minutes défilent.

La tête ailleurs, je noue mes cheveux noirs en un chignon. Maman appréciait me le faire avant d’aller au cours de danse. Je me rappelle ses mains parcourant ma tête, ses doigts tremblant, caressant les quelques bleus sur mon visage. Et, en ce jour de retrouvailles, je voulais qu’elle m’accompagne, pour me sentir plus forte.

Un bruit sourd me ramène à la réalité. La voiture d’oncle Albert est arrivée. Tout le quartier a dû l’entendre, il le sait, mais il ne veut décidément pas se résigner à la changer. Il m’appelle en bas des escaliers pour que je me dépêche de rentrer dans sa foutue caisse.

Mon oncle a, théoriquement, ma garde depuis que maman est partie. Il n’est pas méchant, seulement un peu bourru de temps en temps mais il a eu la gentillesse de m’accueillir chez lui. Je prends mon sac, dévale les escaliers et enfile rapidement mes chaussures après une courte hésitation : talons, pas de talons, talons… J’opte finalement pour mes Converses blanches qui me suivent depuis quelques années déjà. Oncle Albert est gentil, mais il ne faut pas le faire attendre.

Durant tout le trajet, je pose ma tête contre la fenêtre regardant le paysage défiler. Mon oncle sait ce que représente cette rencontre pour moi. Même s’il n’était pas pour, il a finalement accepté après avoir discuté avec le juge. Ce sera la première fois que je le revois depuis l’annonce du verdict il y a deux ans. Mon cœur bat de plus en plus fort mais je n’arrive pas à discerner le sentiment qui l’anime : l’angoisse ou l’amour.

Le moteur s’arrête. Je descends tremblante de la voiture. Oncle Albert me fait un signe de la main et un sourire pour le moins forcé. Je me dirige vers le bâtiment C en resserrant mes mains sur la poitrine de peur que mon cœur n’en sorte. Lorsque j’entre enfin, un homme à l’accueil me dévisage de haut en bas et me fait asseoir dans la salle d’attente.

Je fixe mes pieds en faisant tourner mes doigts pour calmer mon stresse et essayer de penser à autre chose. « Je n’aurais pas dû mettre de maquillage du tout. Peut-être aurais-je dû porter le gilet de maman. » pensais-je, « Cela fait deux ans maintenant, tu n’as plus à avoir peur, tu as grandi. » Alors que j’analysais profondément mon allure, l’envie de partir me prit. Une main se posa sur mon épaule et un frisson glacial me parcouru la colonne vertébrale avant que je me lève pour lui retourner le bras.

L’homme laisse échapper un cri étouffé et je croise son regard plus que surpris. Je me rends compte que tous les yeux sont fixés sur moi. Je lâche alors son bras tout doucement, tapote mon jean et baisse les yeux en signe d’excuse. L’homme connait ma situation, c’est à lui que j’ai tout raconté deux ans auparavant.

Source : *
Source : *

Il m’emmène donc dans une salle disposant d’une petite table, d’une chaise et d’une grande vitre séparant la pièce. Le plus calmement possible je m’assieds sur cette chaise que je pense instable au premier abord. Quelques minutes passent me paraissant des heures. La porte de derrière la vitre s’ouvre et je le vois. Enfin.

Mon père.

Il a l’air fatigué dans la tenue conventionnelle de détenu, des cernes lui creusent violemment le visage ; comme moi. Et une barbe de trois jours est présente ainsi que des cheveux en bataille. Je remarque son tatouage qui dépasse de son col. Je le connais par cœur : un dragon avec des milliers de larmes qui descendent le long de son dos. Lorsqu’il relève la tête, nos regards se croisent et, machinalement je baisse les yeux. Comme je l’ai toujours fait.

Lui aussi s’assoit, le dos droit, le regard sévère, il ne dit rien. Je ressens son regard pesant mais je n’ose pas relever la tête. J’ai longtemps imaginé ce que je lui dirai en le revoyant mais la voix me manque, les mots s’entremêlent en formant des phrases incompréhensibles dans ma tête. Un long silence prend place.

Le courage m’empare durant un court instant, je suis prête à lui dire que je suis désolée. Lorsque je relève la tête pour enfin l’apercevoir, mon père se lève d’un coup, tapant du poing la vitre en verre qui nous sépare et me crachant à la figure. Ses mains commencent à saigner. A son comportement, je reste pétrifiée, je ne peux plus bouger, je ne sais plus comment on fait jusqu’à ce que quelqu’un me déplace vers la sortie. Les derniers mots de mon père furent « C’est de ta faute si je suis ici !! Petite pute ! » et les gardes l’empoignèrent.

Deux ans pour ça. J’aurai aimé lui dire que je suis désolée d’avoir quitté la maison en courant, pleurant toutes les larmes de mon corps meurtri. Ce soir-là, le courage s’était aussi emparé de moi, j’ai couru, j’ai couru le plus vite possible. Je voulais le fuir. Un homme m’a attrapée, celui à qui j’ai tordu le bras dans la salle d’attente. C’était un policier, et je lui ai tout raconté : mon père, ses coups, ma mère impuissante, ses poings sur mon visage, mes bleus sur mes côtes, ma chambre infestée d’insectes… J’ai tout dit.

Papa s’est fait arrêter et Maman est partie.

Aujourd’hui, c’était la première fois que je le revoyais et je compris que je ne devais plus rien attendre de sa part.


Ce texte est ma deuxième participation à l’atelier d’écriture les Jolies plumes tenu par Fabienne et Célie. Ce mois-ci le thème était :

Première fois

A la première lecture, j’ai pensé à raconter une première fois entre amoureux, puis comme vous avez pu le lire, je suis partie sur toute autre chose. J’ai eu beaucoup de mal avec ce thème et je ne sais pourquoi il m’inspirait seulement des scénarios tristes… Promis, la prochaine fois sera joyeuse ! Si vous souhaitez nous rejoindre, envoyez un mail à : latelierdesjoliesplumes@gmail.com

Vous pouvez aller lire les autres interprétations du thème en cliquant sur le nom des blogueuses : Miss Blemish –  I Feel Blue Desired Attention Denied Affections La fille horizontale –  Ma Vie De Brune  – Hello It’s Alex –  Et si on bavardait Lexie SwingLes idées de D. –  Envie de poésieThe Stage Door – (à suivre)


Quel est ton ressenti après avoir lu mon texte ? As tu des améliorations de syntaxe à me donner ?


3..2..1.. Virée dans l’espace.

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20 commentaires

  1. En effet pas très rigolo mais c’est très poignant comme petite histoire… Pas très long, mais ça suffit déjà pour se prendre au jeu. Moi j’aime bien parce que jusqu’aux trois quarts du texte on ne sait toujours pas de qui elle parle, ça aurait aussi bien pu être son ancien petit ami, ou quelque chose comme ça ! (Bon, OK il y a des indices quand même). Et puis le couperet tombe. « Mon père ».

    Tu écris souvent ? En tout cas ça a l’air sympa comme atelier d’écriture, c’est quoi le principe ? Oui je suis curieuse 😉

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    • Quand je l’ai écrit sur word, je l’ai trouvé super long comme texte ^^ mais une fois partie, je ne pouvais plus m’arrêter. Et, l’effet de ne pas savoir de qui on parle c’est un peu « ma marque de fabrique ». J’aime beaucoup faire ça ! 🙂 En tout cas je suis contente qu’il t’ait plu ! 😀

      Sinon quand j’étais au lycée /collège j’écrivais beaucoup, j’ai toujours aimé faire les rédactions ! 😀 Et là je m’y suis remise avec cet atelier car j’adore écrire de spetits textes mais je ne suis pas assez douée pour écrire un roman. ^^ En fait le principe est très simple : chaque mois un thème est donné et on a tous les mois pour l’écrire. Ensuite, on se partage nos textes et on les commentes ! C’est seulement la 3ème édition, le contact entre les différentes auteures n’est pas encore assez dévekoppé mais ça va venir ! Tu peux leur envoyer un mail si tu veux ! 😀

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      • Oui je vais ptêtre envoyer un petit mail, ça me tente bien comme principe (même si on commence å s’éloigner de plus en plus du thème de mon blog, déjà que je me mets à parler jardinage, on aura tout vu XD) Merci pour la découverte en tout cas !

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      • Mais non, c’est ton blog, et ‘écriture c’est aussi un truc de filles :p et c’est virtuel donc ça compte un peu xD
        Ahah, mais c’était trop mignon ton jardinage ! 😀 Va quand même falloir mettre un peu de geekerie dans tout ça :p

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  2. Joli texte! J’aime le fait que tu sois partie dans un tout autre axe que ce qu’évoquent les mots « première fois » au premier abord.
    Pour ce qui est des améliorations de syntaxe, la maniaque du français que je suis en a trouvé une ou deux alors je me permets de te les soumettre, justement, vu que tu demandes 😉

    – Au paragraphe 8, la dernière phrase (Une main se posa…) je ne comprends pas pourquoi tu passes subitement au passé simple comme ça… :/
    – Et dans la phrase  » Le plus calmement possible je m’asseye sur cette chaise que je pense instable au premier abord. » pourquoi du subjonctif au verbe asseoir?

    Voilà c’est tout! 🙂

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    • Merci ! J’ai également lu le texte de I Fell Blue qui est (elle aussi) partiie dans un tout autre registre ^^ J’ai hâte de voir le texte des autres. 🙂

      Oui, merci pour les petites fautes de syntaxe. Le subjonctif s’est transformé en présent et j’ai parfois du mal à écrire un texte au présent xD Je vais retransofrmer le passé simple au présent ! 😀

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